Le Rugbynistere

Qu’ont en commun Jonny Wilkinson, Steffon Armitage, Nick Abendanon et Alex Goode ? Tous sont Anglais, d’abord. Et tous ont été élus “joueur européen de l’année” en 2013, 2014, 2015, et 2019. Le dernier point commun est le plus intrigant : aucun d’entre eux n’a porté le maillot de l’équipe nationale après avoir reçu cette distinction personnelle… Certes, les trois premiers n’étaient plus sélectionnables, la faute à leur contrat signé en faveur d’un club français. Mais Goode, titulaire indiscutable avec les Saracens de Londres, est lui aussi boudé par le XV de la Rose. Champions Cup – Alex Goode élu meilleur joueur européen de l’année Alors, l’arrière va-t-il connaître le même sort que ces prédécesseurs au palmarès ? Sa dernière sélection remonte à novembre 2016, face aux Fidji. Or, rien n’indique qu’Eddie Jones change d’avis à son sujet… Triple champion d’Angleterre et d’Europe À 31 ans, Goode aurait pourtant de quoi convaincre le plus réticent des sélectionneurs. Au-delà de son absence du XV de départ anglais, c’est surtout le fait que l’arrière ne soit même pas considéré pour intégrer le groupe élargi qui interpelle. On parle tout de même d’un joueur triple champion d’Europe, titulaire lors de chaque sacre face au Racing, Clermont et le Leinster. Dire qu’il profite de la force du collectif des Sarries est erroné : son récent titre de joueur européen de l’année est là pour prouver sa valeur individuelle, lui qui ne souffre pas de la concurrence de l’excellent Liam Williams, décalé sur l’aile en club. L’an dernier, le n°15 avait également terminé en tête du classement des joueurs ayant le plus avancé en Premiership. Les Saracens avaient terminé champions. Le troisième titre national pour Goode, qui pourrait bien en rafler un quatrième dans quelques semaines… Jamais prophète en son pays Faux-lent, capable de gagner ses duels, franchir la défense mais aussi de faire jouer derrière lui, Goode est également un excellent joueur au pied, lui qui a été formé au poste d’ouvreur. Bref, un profil complet, lancé sur la scène internationale en 2012, par Stuart Lancaster. Pour autant, son histoire avec le XV de la Rose n’a rien du conte de fées. Dans ces histoires, le joueur formé à Bath ne tuerait pas le dragon pour sauver la princesse : il se contenterait d’être le personnage secondaire, celui qu’on est content de voir amuser la galerie, sans plus. La faute à un héros des plus courageux © : Mike Brown. Lancaster, puis Jones ont fait du n°15 des Harlequins leur titulaire indiscutable. Et Goode compte seulement 21 sélections, dont une seule lors du Mondial 2015 face à l’Uruguay, un match disputé alors que l’Angleterre était déjà éliminée. Les chapitres se sont enchaînés, Brown a disparu de l’histoire, mais le polyvalent Elliot Daly a pris sa place. Et devrait – sauf surprise – être titulaire au Japon, avec Anthony Watson (de retour d’une longue blessure) et Jack Nowell en joker de luxe. Si Goode peut dépanner en 10, Eddie Jones est déjà bien pourvu à ce poste, avec le trio Farrell – Ford – Slade, assuré de voir le Japon. Un groupe déjà formé On le voit avec Sofiane Guitoune, Virimi Vakatawa ou Sekou Macalou : en France, les absents font souvent plus parler que les présents. Mais c’est la même musique outre-Manche, où le cas Danny Cipriani déchire le monde du rugby depuis de longs mois. Elu meilleur joueur du championnat, l’ouvreur de Gloucester devrait pourtant rester à quai pour ce Mondial. La différence avec les Bleus ? Eddie Jones peut s’appuyer sur des certitudes et résultats nettement meilleurs que ceux de Jacques Brunel, grâce à un groupe déjà formé depuis plusieurs années, et composé de nombreux talents. Le 2 juin prochain, le XV de la Rose – exceptionnellement mené par Jim Mallinder – défiera les Barbarians. Problème : c’est la veille que se jouera la finale de la Premiership. Pour espérer se montrer avant l’annonce du squad pour la préparation à la Coupe du monde, Goode (comme Cipriani) devront donc perdre en demi-finale, le week-end précédent.  Puisqu’il ne vit pas dans un conte de fées, le n°15 n’aura donc pas le droit à une fin de saison en apothéose. Dommage : on aurait bien aimé le voir fêter un titre de champion du monde avec l’Angleterre ! WTF – 24h après la finale, Alex Goode retrouvé au pub… et en tenue de match !

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